Vickie Boechler, a smiling woman with short grey hair and glasses

Avec le recul, je me rends compte que je suis devenue aidante dès mon plus jeune âge. Je veillais toujours sur ma mère, qui a eu une enfance difficile et en a subi les répercussions tout au long de sa vie. Lorsqu’elle ne se sentait pas bien, j’assumais une grande partie des tâches à la maison : la lessive, l’aspirateur et la préparation des repas, par exemple. Après le souper, je faisais la vaisselle avant de commencer mes devoirs. Je ne me posais pas de questions… cela faisait tout simplement partie de ma vie.

Mon rôle d’aidante a considérablement changé lorsque j’étais dans la cinquantaine et que ma mère a commencé à recevoir des traitements de dialyse. Elle était atteinte d’une maladie auto-immune et son foie était défaillant. À l’époque, la greffe n’était pas envisagée en raison de son âge, mais, un jour, j’ai intercepté le médecin pendant sa tournée matinale pour lui poser des questions à ce sujet. Le jour même, elle a été transférée dans un autre hôpital et inscrite sur la liste d’attente pour une greffe. Grâce à mes démarches pour défendre ses intérêts, elle a reçu sa greffe du foie et a vécu 22 années de plus.

Elle a passé les deux dernières années de sa vie à l’hôpital. Je lui rendais visite presque tous les jours, tout en m’occupant des aspects pratiques du déménagement de ses effets personnels dans un espace d’entreposage. J’ai fini par m’épuiser au point de devoir m’absenter du travail pendant six mois.

Après cette expérience, j’ai compris que je devais prendre soin de moi, alors j’ai cherché des moyens de me faire du bien. Pour stimuler la production d’endorphines, il faut faire de l’exercice, c’est vrai, mais il faut aussi avoir des amis. Je n’ai pas de sœurs, mais mes amies occupent une place très importante dans ma vie et je les appelle mes sœurs. Ce sont elles qui me soutiennent.

Apprendre à prioriser mon propre bien-être a transformé ma façon d’aborder mon rôle d’aidante, notamment à mesure que les besoins de mon mari ont évolué. Il a toujours eu une vision limitée d’un œil, puis il a développé un glaucome dans l’autre. En mars dernier, j’ai de nouveau dû assumer davantage de responsabilités comme aidante après qu’une intervention récente n’ait pas donné les résultats que nous espérions.

Je fais du yoga trois fois par semaine et, un mercredi sur deux, je fais du bénévolat auprès de personnes en situation d’itinérance. J’écris également pour un petit magazine de Stony Plain, en Alberta, et je siège au conseil consultatif de Caregivers Alberta, où j’anime aussi un groupe de soutien pour les aidants.

En tant que femmes, on nous inculque, très jeunes, la responsabilité de prendre soin des autres, mais mon expérience m’a appris que nous devons aussi prendre soin de nous-mêmes. Je sais maintenant que je dois accorder la priorité à mon bien-être si je veux prendre soin des personnes qui me sont chères. Les personnes dont nous prenons soin comptent, mais les aidants comptent eux aussi. Je peux être présente pour les personnes que j’aime tout en reconnaissant que j’ai des besoins, des relations et une vie bien à moi.

Il y a 40 ans, quelqu’un m’a dit que je devrais écrire cette phrase sur mon réfrigérateur : « J’ai le droit d’être heureuse. » Il m’a fallu bien des années, mais j’en comprends aujourd’hui la signification.