Smiling Black woman wearing glasses. Portrait of Noella Muribora.

Je suis directrice générale de La Voix de nos Aînés, un organisme communautaire à but non lucratif qui vient en aide aux personnes aînées et aux aidants à Ottawa. Je suis également aidante auprès de ma mère, qui est francophone et a immigré au Canada en provenance du Burundi en 2016. Elle a des problèmes de mobilité et se heurte à des barrières linguistiques. Je l’aide donc chaque fois qu’elle en a besoin afin de préserver son autonomie, que ce soit en faisant son épicerie en hiver, en l’aidant à s’y retrouver dans ses démarches fiscales ou en l’accompagnant à différents rendez-vous.

Ottawa a beau être une communauté bilingue en théorie, dans la pratique, ce n’est pas toujours le cas. Lorsque ma mère prend rendez-vous avec son médecin de famille et que personne au cabinet n’est disponible pour lui parler en français, je dois l’accompagner. Je suis fière de prendre soin de ma mère, mais cela a des répercussions sur moi. Il est impératif que les aidants aient accès à des congés payés, à des ressources en santé mentale et à du soutien pratique avant d’atteindre leur point de rupture. Je sais que si je ne prends pas de temps pour moi, je risque de m’épuiser. J’ai donc appris à utiliser certaines stratégies pour préserver mon bien-être. Lorsque je le peux, je confie également certaines responsabilités à mes enfants, qui ont 16 et 17 ans et qui m’aident à prendre soin de leur grand-mère.

Après avoir vu ma mère souffrir d’isolement social et avoir moi-même vécu certaines difficultés, je me suis jointe à un groupe d’aidants et nous avons décidé qu’il fallait offrir des programmes aux personnes aînées directement dans leur communauté. Nous savions qu’elles avaient besoin de programmes culturellement inclusifs accessibles dans leur propre milieu, pour éviter qu’elles doivent surmonter encore plus d’obstacles pour y participer.

La plupart des personnes aînées que nous soutenons comptent sur le soutien du revenu du Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées (POSPH). Nous voulions donc offrir ces programmes gratuitement. Au début, nous organisions nous-mêmes les activités et payions les animateurs de notre poche, mais ce modèle n’était pas viable. C’est à ce moment-là que nous avons compris qu’il fallait trouver d’autres sources de financement, ce qui a mené à la création de La Voix de nos Aînés.

L’organisme poursuit deux objectifs. Le premier consiste à lutter contre l’isolement social que vivent les personnes aînées dans leur communauté, et le second, à soutenir leurs aidants. Nos programmes sont bilingues par choix, car il arrive souvent que l’aidant parle anglais, tandis que les membres de sa famille parlent français.

Nos services sont ouverts à tous, mais la majorité des personnes que nous soutenons sont des personnes aînées noires, francophones, racisées, immigrantes ou nouvellement arrivées, qui sont parfois moins bien desservies par les programmes traditionnels. De nombreux organismes ne tiennent pas suffisamment compte des enjeux de mobilité et organisent des activités qui exigent des personnes aînées qu’elles se déplacent pour y participer. Notre organisme s’efforce plutôt d’amener ses programmes directement aux personnes aînées et d’éliminer les obstacles à l’accès, plutôt que de leur demander de les surmonter.

Nous offrons actuellement aux aidants un soutien par les pairs informel afin de les aider à composer avec les exigences émotionnelles et pratiques liées à la prestation de soins. Dans le cadre de ce travail, nous constatons que de nombreux aidants sont confrontés à des questions complexes, à l’isolement et à des signes d’épuisement, souvent sans avoir accès au soutien structuré dont ils ont besoin.

Dans la culture africaine, prendre soin de ses proches est tout naturel. Se définir comme aidant peut donner l’impression de dissocier la prestation de soins de son rôle de fils ou de fille. Si vous dites que vous êtes fatigué parce que vous avez un enfant ayant un handicap qui a besoin de soutien, les gens le comprennent, mais si vous dites que vous êtes fatigué parce que votre mère vous appelle dix fois par jour, ce n’est pas nécessairement perçu comme de la prestation de soins au sein de nos communautés.

Je souhaite mieux faire connaître la réalité des aidants au sein des communautés africaines francophones du Canada et faire en sorte qu’ils soient vus et reconnus. J’espère qu’avec un soutien gouvernemental significatif, davantage de personnes se sentiront en mesure de se définir comme aidantes, de s’exprimer et de demander l’aide dont elles ont besoin.