Nicholas Goberdhan, an Indo-Carribean young man with long hair and a beard.

Nicholas Goberdhan est doctorant en sciences de la communication à l’Université Concordia. Ses recherches portent sur les jeunes aidants et l’intersection entre la prestation de soins, la culture et l’identité. Ce travail trouve son origine dans une expérience très personnelle. 

Enfant unique, il a grandi dans un foyer à revenu modeste avec ses deux parents. Sa mère était confrontée à des enjeux de santé mentale, tandis que son père travaillait pour assurer la stabilité financière de la famille. Quant à Nick, il a endossé un rôle différent au sein du foyer. Un rôle qui ne se définissait pas par les soins physiques, mais par la vigilance, l’anticipation et la responsabilité émotionnelle.

Dès son plus jeune âge, il a appris à déceler la détresse de sa mère et les changements dans son bien-être, à remarquer quand quelque chose changeait et à intervenir rapidement lorsque la situation semblait instable. Ce qu’il considère aujourd’hui comme un rôle d’aidant n’était pas perçu comme un rôle défini à l’époque, c’était simplement quelque chose qu’il faisait.

« J’ai pris conscience que certaines de mes actions en tant qu’aidant n’étaient pas d’ordre physique. Je passais beaucoup de temps assis à ses côtés, très attentif à ce qui se passait, et conscient des situations où elle était en proie à une détresse émotionnelle. J’étais présent et j’ai appris à désamorcer les tensions. »

Cette forme de soins était constante, mais largement invisible. Il n’y avait aucun soutien officiel, aucune orientation, ni aucune compréhension commune de ce qu’il vivait. Une grande partie de son enfance a été marquée par l’incertitude et la nécessité de rester attentif aux changements à la maison.

« Je guettais les intonations dans sa voix qui trahissaient une détresse. J’avais cette sorte d’hyper-conscience, une intuition quand quelque chose n’allait pas tout à fait bien. À l’époque, je ne considérais pas cela comme un travail de soins, mais c’en était un. »

Le contexte culturel a également joué un rôle important dans le façonnement de son expérience. Issu d’une famille indo-caribéenne, la santé mentale n’était pas un sujet dont on parlait ouvertement. Cela signifiait que de nombreuses difficultés restaient confidentielles. Même lorsque la situation devenait difficile, il ne semblait pas possible de demander de l’aide. Lorsque du soutien était enfin apporté, c’était généralement à un moment critique, impliquant des visites aux urgences ou à l’hôpital, alors que la situation s’était déjà aggravée.

« Le soutien n’était présent que lorsque la situation dégénérait en crise. Il nous fallait alors apaiser les tensions sans que la police n’intervienne et ne fasse plus de mal que de bien. »

Aujourd’hui, Nicholas continue de vivre avec ses parents, qui sont désormais séparés, mais partagent le même toit. Son rôle d’aidant a évolué au fil du temps, façonné par l’expérience et une plus grande stabilité, notamment financière.

Cette stabilité a modifié son rôle. Il s’agit désormais moins de réagir que de maintenir ces conditions. La prise de conscience qu’il a développée très tôt est toujours présente. Elle ne disparaît jamais vraiment.

« Il y a toujours cette incertitude… Je me demande si ce n’est pas aujourd’hui que la situation va dégénérer. Même lorsque tout est calme, cette question me trotte sans cesse dans la tête. »

Cette expérience l’a finalement mené à ses recherches. Il fait également partie du Conseil des jeunes aidants du Canada, une organisation qu’il a découverte vers l’âge de 25 ans et qui rassemble et soutient des jeunes ayant des expériences variées en matière de soins. L’organisation se concentre sur la promotion du changement, le soutien et la mise en valeur des témoignages des jeunes aidants.

Avec le recul, il n’est pas en mesure de nommer un service manquant ou un moment précis qui aurait pu changer le cours des choses. C’est quelque chose de plus large que cela. Pour lui, le fossé réside dans tout ce qui se passe avant et après une crise. Un système qui réagit, mais n’anticipe pas, et qui laisse les aidants seuls face à l’incertitude.

Ainsi, les jeunes aidants font de leur mieux, seuls, discrètement, sans relâche, et souvent dans l’ombre.