Fredrica Henry-Pottinger, a smiling Black woman with an afro, wearing a cream coloured dress

Chaque jour à Toronto, Fredrica Henry-Pottinger peut aider quelqu’un à se rendre au cinéma pour la première fois, accompagner un résident en pleine crise comportementale ou simplement s’asseoir aux côtés d’une aînée pour lui lire un livre. Ces moments, qui peuvent paraître insignifiants à première vue, sont pour elle d’une importance capitale. 

« Je considère chaque personne comme un cadeau. Les droits sont importants, mais les occasions réelles pour les gens de façonner leur propre vie, de tisser des liens et de faire ce qui compte pour eux le sont tout autant. » 

Depuis plus de deux décennies, la prestation de soins lui a permis de se bâtir une carrière et de vivre sa vocation. Au fil de son parcours, qui a débuté par un travail de soutien informel, elle a occupé des postes structurés consistant à planifier des sorties et des événements, a travaillé dans un foyer pour enfants, avant de se joindre à l’équipe de Community Living Toronto. Aujourd’hui, elle travaille dans un foyer de groupe à titre d’intervenante en soutien résidentiel auprès d’adultes vivant avec un handicap. 

Fredrica croit que les soins doivent favoriser la dignité, l’autonomie et le sentiment d’appartenance. Elle accompagne six personnes nécessitant des soins 24 heures sur 24, en les aidant dans leurs activités quotidiennes tout en les soutenant dans la réalisation de leurs objectifs, de leurs relations et des expériences qui leur tiennent à cœur. 

« Ce que j’apprécie dans mon travail, c’est d’élaborer des plans de soins et de définir des objectifs à court terme pour améliorer la qualité de vie. Voir quelqu’un aller au cinéma pour la première fois, se faire une nouvelle amie ou s’amuser lors d’un barbecue communautaire, c’est tellement valorisant. » 

Ces moments, souvent considérés comme acquis, soulignent pourquoi ce travail est si important. Or, malgré ces belles satisfactions, Fredrica ne cache pas les réalités auxquelles sont confrontés les travailleurs de première ligne. 

« C’est l’un des secteurs les moins bien rémunérés. Nous touchons des vies au même titre que les premiers intervenants, le personnel infirmier et les enseignants, mais les salaires ne reflètent pas cette réalité. »

De nombreux travailleurs jonglent entre plusieurs emplois : la journée dans les écoles, le soir dans des foyers de groupe et les fins de semaine partout où ils le peuvent. Il peut en résulter un épuisement physique, émotionnel et social, avec peu de temps ou d’argent à consacrer à leur bien-être personnel. 

L’engagement de Fredrica va bien au-delà de ses heures de travail. Depuis une dizaine d’années, elle milite au sein du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) pour défendre les employés et les personnes qu’ils soutiennent. Son action s’étend du niveau local au niveau national et porte principalement sur la santé et la sécurité ainsi que sur les droits des employés, notamment en s’opposant à des mesures telles que le projet de loi 124 de l’Ontario, qui plafonnait les augmentations salariales dans le secteur public à 1 % pendant trois ans. 

La loi a été abrogée en février 2024 après que les tribunaux l’aient jugée inconstitutionnelle. Si de nombreux travailleurs ont bénéficié de renégociations salariales et de paiements rétroactifs, le processus d’indemnisation est toujours en cours pour plusieurs autres. 

« Pendant la COVID, on nous qualifiait de héros au moment même où nos salaires étaient plafonnés. » 

Fredrica aborde également d’autres enjeux, notamment le recours à du personnel d’agence non syndiqué et les obstacles auxquels sont confrontés les travailleurs étrangers temporaires. Les catégories d’immigration peuvent entraîner une sous-reconnaissance et une sous-rémunération des travailleurs qualifiés du secteur des soins, qui disposent en outre de peu de possibilités d’accéder à la résidence permanente. 

« Ces travailleurs ne jouissent pas des mêmes droits. Et pourtant, ils sont essentiels au système. » 

Originaire de la Jamaïque, Fredrica vit au Canada depuis 1986. La prestation de soins, dit-elle, est devenue une seconde nature. Après une carrière de plus de 20 ans, elle reste profondément engagée, mais lucide quant à ce qui doit changer. 

« J’espère qu’un jour, on jugera que nous méritons un salaire qui nous permette de vivre confortablement. »

D’ici là, Fredrica et des milliers d’autres personnes comme elle continuent de soutenir un système qui dépend de leur dévouement, mais qui peine à les soutenir en retour.